Eaux minérales oubliées des Pays-de-Loire

Publié le par Julien Gonzalez

CHANTRIGNE (Mayenne)

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CHATEAU-GONTIER (Mayenne)

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Ces eaux, qui sourdent au flanc de la colline au S. de la ville, sont connues au moins depuis le commencement du XVIIe s. On a prétendu que l'arcade qui abrite la source étant ogivale l'exploitation date au moins du XVe s. En réalité cette arcade, brisée plutôt qu'ogivale et construite sans règle, n'a pas de style. Le conseil de ville arrête, le 4 juin 1624, « qu'il sera travaillé â l'accommodement et décoration des fontaines et marchandé par le procureur syndic et trois députés et qu'il sera parlé à ceux qui se prétendoient propriétaires de ces fontaines ». On décide aussi d'acquérir un clos de vigne et un jardin adjacent. Le 5 juillet 1629, le procureur syndic est chargé de faire « démolir la muraille estant au-devant des fontaines médicinales, y laissant seulement l'arcade de pierre et deux piliers qui la soutiennent, relaissant néanmoins la muraille de hauteur compétente pour puiser l'eau sur laquelle seront posées de pierres ardoisières ». Cette muraille avait sans doute été construite pour empêcher qu'on ne troublât l'eau en y puisant et elle devait être percée d'un canal. Mais l'expérience démontra que cet arrangement était nuisible pour le public. Le sieur de Juigné de la Brossinière (V. ce nom), auteur du pays de Château-Gontier, écrit dans son Dictionnaire historique, dont la première édition parut en 1644, qu'on avait découvert depuis sept à huit ans « quelques sources d'eaux médicinales à Château-Gontier ».
L'ensemble de ces renseignements semble donc fixer au premier quart du XVIIe s. seulement l'exploitation des eaux minérales. Le nom d'eau de Pougues leur est donné dans des actes notariés du  XVIIIe s.
MM. Duclos et Dupaty, médecins à Paris, en avaient fait l'analyse non pas en 1767, comme écrit M. Mahier, mais en 1667. Les trois médecins de Château-Gontier, MM. Allard, Theullier et Jousselin, dans un rapport commun adressé à l'intendant en 1786 en parlent avec détail : « Les eaux minérales ferrugineuses que nous avons dit être au midi de la ville, disent-ils, suintent le long du coteau sablonneux ; pour les recevoir il faut y adapter une petite goutière. Il paroit qu'autrefois on avait pratiqué une fontaine où on alloit les puiser. Mais, présentement, les eaux n'y ont aucune saveur ni goût ; il faut que la source ait changé de direction. L'endroit où elles découlent aujourd'hui est à trente pas de cette ancienne fontaine. Il y a plusieurs siècles qu'elles avaient de la réputation et qu'on les regardoit comme très propres à résoudre les engorgements et obstructions du bas ventre. Il y a plusieurs procès-verbaux qui en constatent l'efficacité. Elles ont bien encore le même effet et on les emploie avec succès dans les mêmes maladies, mais, comme elles sont perdues dans les ronces et les broussailles, bien des gens n'y ont pas grande foy, et notre Hôtel de ville a trop peu de revenu pour en employer à faire les frais nécessaires à leur procurer de la célébrité. Elles contiennent une terre ou ocre ferrugineuse et un peu de sel alkali. Elles sont très claires ; mais, après un peu de séjour dans un vase, elles y deviennent louches et y forment un dépôt jaunâtre. »
 En 1824, M. Touchaleaume, pharmacien à Château - Gontier, refit l'analyse des eaux de Pougues et envoya son mémoire à l'académie de médecine. Après comparaison faite avec beaucoup d'eaux minérales renommées, il conclut qu'elles ne leur étaient pas inférieures. Quant à l'état de la fontaine, on y rencontrait avec surprise, dit-il, au lieu d'un bassin propre â recueillir l'eau, « un alignement irrégulier de quatre demi-cylindres de sureau faisant l'office de robinets, fichés dans la paroi du rocher et laissant découler une eau parfaitement limpide ». Une dernière analyse absolument rigoureuse adonné en 1850, les résultats suivants :
Acide carbonique libre, 1/8 du volume.

 

Bicarbonate de chaux et de magnésie     
0,4556
Sulfate de soude et de chaux    
0,1000
                    id.     magnésie        
0,5200
Chlorure de sodium et de magnésium .    
0,2004
Silice et alumine              
 0,0170
Crénate, apoerénate et carbonate de fer.
0,104
Nitrate, manganèse, principe arsénical à l'état de traces, ce dernier sensible seulement dans le dépôt ocracé de la source.                        
Le docteur Henri Bayard vint fonder en 1848 un établissement d'hydrothérapie qui utilisait la source minérale. « Autrefois, écrit-il, les personnes qui venaient boire l'eau minérale faisaient des neuvaines, commençant le premier jour par un verre, elles continuaient progressivement jusqu'à neuf dans la même journée ; puis faisaient de longues et joyeuses promenades dans les intervalles des prises d'eau et en éprouvaient de bons effets ». Malgré les frais faits par le docteur, et la brochure qu'il écrivit en 1852, 1a source de Pougues, qui pouvait fournir 1 700 litres d'eau en vingt-quatre heures, n'a jamais eu de vogue. M. Mahier, successeur de M. Bayard, décédé le 12 octobre 1852, ne fut pas plus heureux. Une nouvelle tentative de lancement toute récente (1896) a amené une nouvelle déception. M. Querruel a créé, il y a quarante ans, les pastilles ferrugineuses à base de fer de Pougues, qui sont encore connues. La notice de M. Bayard, complétée par M. Mahier, en 1869, contient trois gravures représentant l'état des sources avant et depuis l'établissement d'hydrothérapie..
    Arch. mun. de. Ch.-G. — Arch.   C. 354. Arch. de la M.. H. 15. — Bibl. de Laval, mss. 30.753. — Cab. Gadbin.
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