Puzzichello, une station thermale oubliée de Corse (mise à jour du 20/08/2013)

Publié le par Julien Gonzalez

Voici comment le BRGM présente cette source minérale dans son rapport "Inventaire des sources thermominérales de Corse et valorisation patrimoniale" publié en 2007 :

Type de ressource

 

Il s'agit d'une eau sulfureuse calco-sodique froide carbogazeuse.

Indications thérapeutiques : d'après Guermonprez, ces eaux ont des propriétés en ORL, en pneumologie, en rhumatologie ou encore en dermatologie. 

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Localisation de la source de Puzzichello sur la carte I.G.N.


Description actuelle du site et des installations


Le site se trouve sur la commune d'Aghione et n'est pas ou peu entretenu. Il est composé de :

-
un bâtiment/ruine (probablement l'ancien hôtel)
-
un forage (réalisé en 1986)
-
une ruine (ancien établissement thermal)


L'ancien hôtel se trouve sur un plateau en rive droite du Tavalone. Il est à deux étages et est en très mauvais état. La végétation pénètre à l'intérieur, le toit est percé.


Les ruines de l'ancien hôtel thermal de Puzzichello

L'hôtel de Puzzichello : ce qu'il reste de la réception...

 

Un chemin goudronné passe derrière cet hôtel et mène au forage en contrebas. Celui-ci est abrité par un abri bétonné mais la végétation en rend difficile l'accès. Quelques mètres plus bas, une fontaine et un petit bassin de quelques centimètres de profondeur, très rudimentaires, permettent de recueillir l'eau du forage qui s'évacue ensuite dans le ruisseau. Une forte odeur d'oeuf pourri est perçue dès qu'on arrive sur le site.


 

Sur la rive gauche du Tavalone se trouve l'établissement thermal en ruine, entièrement recouvert par la végétation. Il semble cependant que des habitants des alentours viennent régulièrement car un passage est existant entre les ronces pour accéder à une petite source située dans les ruines. Dans l'enceinte de ce qui a été l'établissement thermal, le sol est gorgé d'eau sulfureuse laiteuse. On devine à travers la végétation deux rotondes autour desquelles des petites pièces avec une baignoire étaient aménagées. Entre ces deux édifices circulaires, un escalier de quelques marches amène à une plateforme effondrée (réservoir ?!). Au-dessus dans un renfoncement semi-circulaire coule à gauche une source, le reste du renfoncement est inaccessible. En explorant vers le nord, toujours dans l'enceinte de l'établissement, dans une grande niche se trouve de l'eau de couleur laiteuse. Cependant, il est impossible d'aller plus loin, les terrains sont gorgés d'eau et la végétation luxuriante. Un peu partout on trouve également des trous dans le sol, ces trous sont généralement remplis par cette eau sulfureuse.

L'étude géochimique des eaux a permis d'estimer la température du réservoir de 98 à 115°C.

 

 Les ruines de l'ancien établissement thermal de Puzzichello

Le point d'émergence de l'ancienne source de Puzzichello



Historique


La source de Puzzichellu semble être connue depuis longtemps.

Dans son examen des eaux minérales sulfureuses de Puzzichello publié en 1842, Loetscher mentionne, lors des premiers travaux de captage, des monnaies anciennes, des débris d'armes ainsi que des conduits "d'origine fort ancienne". En 1986, lors d'une étude hydrogéologique du secteur par le BRGM, une tranchée a été effectuée à l'arrière de l'établissement et des infrastructures, jusque-là inconnues, ont été découvertes : 2 bassins rudimentaires enterrés et des venues d'eau canalisées par des drains en brique rouge. Loetscher attribue ces vestiges aux romains, la ville antique d'Aléria étant située à une dizaine de kilomètres. Il est cependant, à ce jour, tout à fait impossible de certifier l'origine antique de ces vestiges. Une étude et des fouilles archéologiques seraient indispensables pour le confirmer.

La source a acquis une certaine renommée dans la deuxième moitié du XVllle siècle mais principalement pour la guérison d'animaux. Ce n'est qu'à la fin de ce siècle que l'abbé Pantalacci, curé de Vivario, fait les premiers essais thérapeutiques de ces eaux sur ces concitoyens et en 1838, le Dr Vannucci de Corte fait les premières statistiques sur les effets de ces eaux. La renommée de ses eaux en est confirmée.

A cette époque, la source appartient au Département. Celui-ci la concède avec les terrains environnants à M. Filippini de Corte.

C'est ainsi que les premiers travaux sont entrepris aux alentours de 1840. En 1841, 600 baigneurs ont fréquenté les bains. En 1842, Loetscher décrit l'établissement thermal comme un "vaste bâtiment avec un grand nombre de cabinets à bains" et à proximité, des piscines dans lesquelles plusieurs personnes peuvent se baigner. Sur le plateau, au-dessus des thermes, une maison d'habitation est également construite. L'établissement thermal n'attendait que la nomination d'un médecin inspecteur pour prospérer.

 

Vue de l'établissement thermal de Puzzichello vers 1900

Peu de documents ont été retrouvés pendant la période de prospérité de l'établissement. Il semblerait que la source n'a pas fait l'objet d'une demande d'autorisation d'exploiter, même lors des demandes innombrables de la fin du XIXe siècle.

Ce n'est qu'en 1931, dans son ouvrage sur
la Corse touristique, climatique et thermale que le Dr Pascal Zuccarelli fait une nouvelle description du site. A cette époque, la route pour accéder aux thermes est peu praticable. Un hôtel se trouve sur le plateau (probablement à la place de la maison) et l'établissement thermal est composé de 17 baignoires en briques vernissées, d'une piscine et d'un local pour l'emploi des boues. Le captage semble naturel : "l'eau arrive sans perte et sans infiltration jusqu'à l'endroit où on la recueille". Il décrit également 4 sources :

- 2 près de la rivière, à gauche de l'établissement avec un débit faible

- 2 autres émergences situées dans un même plan à 1 m l'une de l'autre avec un débit avoisinant les 15 000 I/j

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Une autre vue de l'établissement thermal de Puzzichello dans les années 1900.

En 1934, un rapport du service des Mines décrit une eau à 17°C et avec un débit de 12 l/min. Le captage des deux sources est situé dans l'établissement mais est inaccessible. Il existe également un troisième captage, à l'extérieur de l'établissement, avec un débit de 2 l/min. L'eau y est utilisée sous forme de boues qui, appliquées sur les plaies, guérissent les maladies de peau. A cette époque, l'exploitant est M. Adriani Louis de Corte.

Gros plan sur l'emergence de l'ancienne source de Puzzichello

L'établissement aurait cessé de fonctionner en 1939 et aurait été saccagé en 1943.

En 1957, M. Merklen a fait un rapport sur l'état du thermalisme en Corse. Il décrit le site de Puzzichellu comme totalement délabré et en ruine. L'hôtel de 4 étages est totalement abandonné et dans l'établissement thermal, une dizaine de baignoires cannelées sont visibles ainsi qu'un dispositif de chauffage (menant l'eau chaude aux baignoires par gravité et les gaz pour les inhalations) et à gauche les restes d'une buvette.

Il fait également état dans son rapport de plusieurs propriétaires (concession ?!) et de deux courriers datant l'un de 1955 où la Direction Départementale de la Santé fait part au Ministère de la Santé de la source totalement saccagée en 1943, qu'elle n'a pas été remise en état et qu'elle n'est plus exploitée. L'autre courrier, datant de 1956, est une lettre du ministère de la Santé à la Direction Départementale de la Santé qui stipule que la source est non-autorisée et que "ces sources inexploitées mais qui n'ont pas été autorisées, ni déclarées d'Intérêt Public ne donnent pas lieu à révocation mais il conviendra de veiller à ce que l'exploitation ne soit pas reprise illégalement". Ceci montrerait qu'effectivement, la source n'a jamais obtenu d'autorisation d'exploiter.

Dans les années 1980, un nouveau souhait de développement du thermalisme permet d'entreprendre des études et des travaux sur Puzzichellu. Ainsi en 1983, un forage "Elise" est réalisé de l'autre coté du ruisseau donnant un débit artésien de 35 m3/h. Les analyses chimiques des eaux du forage et des sources indiquent une qualité identique et une même origine. Un deuxième forage "Apollonie" est entrepris en juillet 1986.

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Fontaine provenant du forage "Elise" réalisé en 1986

Le 4 juillet 1986, le Département obtient l'autorisation d'exploiter le forage "Elise" par arrêté ministériel. Toutefois, en raison de l'absence d'exploitation de cette ressource et de contrôle sanitaire associé, cette autorisation est aujourd'hui caduque.

 

 

Intérêt patrimonial du site et valorisation

L'intérêt patrimonial de Puzzichellu est certain. Il dispose en effet d'un ancien établissement thermal en ruines, des eaux aux vertus thérapeutiques vérifiées et d'un forage réalisé en 1986.

 

Une autre vue des ruines de l'établisseent thermal avec les deux rotondes où se trouvaient les cabines de bains

 

Le bâtiment est composé de deux rotondes et d'un corps de bâtiment principal et intéresse particulièrement la DRAC qui pourrait l'inscrire à la liste des monuments historiques. Et ceci pour plusieurs raisons : d'une part, parce qu'il semblerait qu'il s'agisse d'un établissement thermal typique du XIXe siècle (forme similaire à l'établissement de Caldaniccia), d'autre part, parce que des traces d'installations, antérieures à l'établissement aujourd'hui en ruines, ont été trouvées (à la fin du XIXe siècle et en 1983) et peut être une utilisation antique pourrait être démontrée (villa, bains, etc). 

 

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Deux nouvelles vues  des ruines de l'établissement thermal de Puzzichello prises à la suite d'une opération de défrichage qui donnent une idée de l'éat de délabrement avancé des lieux. Il erait enfin temps que les pouvoirs publics réagissent pour sauver ce qui peut encore l'être !

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L'ancien établissement thermal pourrait être nettoyé, dégagé de la végétation et sécurisé pour permettre aux habitants de venir visiter et admirer le site. Une petite fontaine pourrait être aménagée de façon à ce que ces mêmes habitants puissent utiliser l'eau et ses vertus.

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Lionel 06/02/2016 04:17

Contactez moi a Lionel.poualin@gmail.com

Lionel 06/02/2016 04:04

Bonjour j ai habité à côté pendant 2 ans je suis atteint de psoriasis et j ai été plusieurs fois sur place pour me renseigner avec les voisins et faire quelques recettes !! Je n'ai pas trouve l'endroit des boues qui soignent le pso !!! C'est vrai qu'il faut faire quelque chose avec nos mais corses et monter un projet de rénovation avec des gens décidés ! Et il y a d'autres endroits dans cet état de corse

Marie 23/10/2015 12:29

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Lionel 06/02/2016 04:16

Lionel.poulain@gmail.com

Edith la voyageuse et Eric qui trime 20/05/2012 19:51

Je suis allée il y a quelques jours avec une amie voir les sources de Puzzichelu et nous y voyions presque plus les ruines des bains. J'en ai pris quelques photos "bravant" les ronces, les herbes,
les roseaux et toute une végétation luxuriante. Mais il a fallu la conviction de mon amie qui connaissait les lieux pour les trouver. Vous imagnez comme je suis contente de découvrir votre blog me
donnant l'allure et l'histoire de ces ruines !

Lionel 06/02/2016 04:05

Salut Edith tu en a bu de cette eau ?

sophie et sylvain 20/09/2011 21:20


Bonjour,à ce jour le site est quasiment invisible tant la végétation l' a envahie....dur de retrouver au milieu des joncs, les vestiges des thermes... c'est vraiment trés dommage car c'est
malgré
tout trés beau et paisible.(peu d'intéret de la part du touriste vu l'inaccesibilté)... le temps passe et inexorablement cet endroit finira par disparaitre.......


Lionel 06/02/2016 04:05

Pas daccord