Histoire d'une eau minérale oubliée de l'Isère : Monestier-de-Clermont

Publié le par Julien Gonzalez

 

Bâtiment de captage

Le bâtiment du captage des sources minérales de Monestier-de-Clermont dans son état actuel

 

1/ Généralités

 

Situé à l’époque en haut du village de Monestier de Clermont, à l’écart du bourg, il est aujourd’hui entouré par l’urbanisation grandissante. Malgré les profondes transformations aux abords de cet édifice, le site reste remarquable et le bâtiment conserve un très grand intérêt. Il a d’ailleurs été distingué par le label "Patrimoine en Isère".

La source de Monestier-de-Clermont, citée dès 1639 dans un document officiel de l'Académie Royale de médecine, était connue pour ses bienfaits thérapeutiques et sa minéralisation remarquable. Il a fallut attendre la fin du XIX° siècle ou le début du XX° siècle pour qu’un captage et son bâtiment de protection et d’exploitation soit réalisé.

 

2/ Rappel historique



Les sources d'eau minérale gazeuse, ferrugineuse et saline constituent une richesse du sous-sol du Trièves.

En 1858, Charles Lory, professeur de géologie à la faculté des Sciences de Grenoble, signalait sur sa carte géologique du Dauphiné quatre principales sources à Avignonet, Tréminis, Cornillon-en-Trièves (au Grand Oriol) et Monestier-de-Clermont. 

Seules celles d'Oriol et de Monestier-de-Clermont firent l'objet d'une exploitation commerciale.

En 1639, Pierre de Vulson, docteur en médecine, agrégé au collège des médecins de Grenoble, issu d'une illustre famille du Trièves, vantait déjà les bienfaits thérapeutiques des eaux minéral « des Auriols » et du Monestier-de-Clermont qui facilitaient, en particulier, la cicatrisation des plaies et des blessures et redonnaient surtout la fécondité aux femmes atteintes de stérilité2. La prise de ces eaux par les malades s'accompagnait, d'ailleurs, de très nombreuses précautions et recommandations. "On commencera par un demy-verre puisé du plus gros et plus clair bouillon que fait celle des Auriol, ou de celle claire coulante de Monestier-de- Clermont ; et ayant avalé un peu d'anis confit, pour corriger la crudité de l’eau, on se promènera 60 ou 70 pas, pour revenir prendre un autre demy-verre" précisait Pierre de Vulson. Ce dernier préconisait également des bains dans ces eaux pour les malades qui avaient "des incommoditez en la ratte, des durtez, ou inflamrnations au foye (...) des faiblesses ou chaleurs importunes aux reins.. .", la liste des maux étant ici fort longue.

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Vue intérieure du captage des sources minérales de Monestier-de-Clermont 


Malgré tous ces éloges, l'exploitation des eaux de Monestier-de-Clermont demeura modeste et la commercialisation des bouteilles ne dépassa pas les limites du département, même si Berriat-Saint-Prix notait, en 1801, que ces eaux  (avec celles d’Oriol) étaient davantage consommées que celles d'Uriage.

Le débit des eaux, qui était relativement faible, ne laissait pas, en effet, espérer une exploitation à grande échelle ni la création, comme à Uriage ou Allevard, d'une station thermale.

Les trois sources principales de Monestier-de-Clermont, qui furent décrites en 1860 par Sylvain Eymard, médecin bien connu de Miribel-Lanchâtre, étaient situées au milieu d'une prairie.

La première était captée dans une citerne près de la route impériale, la seconde dans un bâtiment dont il ne donna pas de description mais qui semblait assez grand, et la troisième dans un bassin en plein air.

Sylvain Eymard déplorait l'absence à Monestier-de-Clermont "de fondateurs bien disposés qui placeraient leurs capitaux dans cette utile entreprise qui ne manquerait pas de leur laisser un magnifique et honorable bénéfice".

S. Eymard décrivait alors les lieux où se trouvaient les sources. "Les trois sources principales sont situées au milieu d’une grande prairie, à la tête et à l’occident de ce bourg". La première était captée dans une citerne près de la route impériale ; la deuxième, à deux cent mètres environ au-dessus "dans un bâtiment qui la circonscrit largement" et la troisième à 200 ou 300 mètres encore plus haut vers la montagne, dans un bassin en plein air. Aux trois endroits indiqués les eaux bouillonnent vivement.

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Gros plan sur le puits de captage des sources minérales de Monestier-de-Clermont


Elles sont "fraîches, limpides, mousseuses, piquantes et sans odeur appréciable". Elles sont agréables à boire "mais laissent sur la langue une saveur un peu acerbe". Elles sont gazeuses au point de faire sauter le bouchon d’une bouteille.

S. Eymard indique également que les eaux minérales de Monestier de Clermont "placées au milieu d’une jolie prairie mamelonnée et touchant le bourg, elles peuvent être bues en pantoufles et en robe de chambre".

Selon lui, les eaux de Monestier leur étaient supérieures aux eaux d’Oriol car "mieux proportionnées, dans leur composition naturelle et plus riches". Égales aux eaux de Vichy, elles pouvaient remplacer avantageusement l'eau de seltz et étaient servies dans les hôtels de la ville aux étrangers qui les savouraient en guise de "petit champagne".

En 1888, tous ces louanges et compliments semblent avoir enfin déclenché l'intérêt d'entrepreneurs dynamiques capables d'exploiter rationnellement les eaux du Monestier. En effet, deux liquoristes parisiens, MM. Georges Perier et Alfred Bouillon décidèrent de former une société civile "qui aura pour objet la captation, l'exploitation et l'acquisition d'une source d'eau minérale qui flue dans la propriété de M. Bonnet au Monestier-de-Clermont". La Société des Eaux Minérales de Monestier-de-Clermont, tel est son nom, devait avoir une durée de 30 ans. M. Périer était le gérant de la société en raison d'un bail qui le liait au sieur Bonnet depuis le 4 octobre 1878. M. Périer apportait 24000 francs à la société tandis que son associé n'amenait que 2000 francs. Le capital social fixé à 30000 francs était divisé en 100 parts. Le siège social était établi 2, rue Saint-Jacques à Grenoble. Il semble pourtant que cette société d'exploitation ne fonctionna jamais. Les eaux du Monestier allaient bien vite retomber dans l'oubli...

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Etiquette ancienne des eaux minérales de Monestier-de-Clermont


Toutefois, entre les deux guerres, un ancien propriétaire des lieux, M. Marius Bonnet, célibataire et esprit original exploita les sources jusqu'en 1939. Plusieurs fois dans la semaine, M. Bonnet venait puiser à la cuve une quarantaine de bouteilles d'eau minérale qu'il transportait jusqu'au village à l'aide d'une brouette. Il entreposait les bouteilles dans un local situé près de la RN 75 au lieu-dit le Rucher et appartenant à la famille Meffrey. Il chargeait alors les bouteilles sur un charreton et descendait vers le village pour les vendre. Sa clientèle, souvent des personnes choisies par lui, attendait son passage. Il accompagnait quelquefois sa vente de quelques vers offerts en prime à ses fidèles clients. Ce pittoresque personnage prolongeait incontestablement une tradition d'exploitation et de vente que ses ancêtres ou anciens propriétaires des lieux avaient inaugurée aux siècles précédents...

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Article paru dans "Le Dauphiné Libéré" du 10 juillet 1946


Après la guerre de 39/45, M. Albert Riondel, marchand de vin au Monestier, reprit l'affaire pendant quelques années. Selon le Service des Mines, seulement 1000 bouteilles furent vendues en 1950. Le débit ne paraissait plus suffisant et l'exploitation s'arréta en 1953.

Ainsi, depuis de longues années, l'exploitation même artisanale des eaux de Monestier-de-Clermont a été abandonnée. Des travaux de remise en état seraient indispensables. Mais l'eau est toujours là, peut-être moins abondante qu'autrefois mais toujours présente.

Seul le bâtiment de captage des sources de Monestier-de-Clermont est encore parfaitement conservé aujourd'hui.

Construit à la fin du XIX° siècle, ce petit édifice, situé à l'écart du bourg et en plein champ, se distingue par sa grande qualité architecturale. 

Il se compose d'un corps de bâtiment principal de plan octogonal, flanqué, à l'est, d'une avancée de plan carré et d'une hauteur réduite. Édifié en moellon avec un solin en pierre de taille, il est agrémenté, à l'extérieur, d'un élégant décor réalisé en ciment moulé qui s'inspire du registre ornemental classique : pilastres d'angle que surmonte une corniche à fasces ; garde-corps qui borde des couvertures en terrasse.

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Autre vue de l'intérieur du bâtiment de captage des sources de Monestier-de-Clermont


L'intérieur est tout aussi soigné. Les piédroits harpés des grandes baies rectangulaires présentent une alternance de pierres blanches et d'assises de briques rouges, et la charpente, particulièrement élégante, est constituée de fermettes métalliques à treillis rayonnantes réalisées en cornières et fers plats, assemblées, en leur centre, par une sorte de clé pendante.

Le bassin de captage, dans lequel on descend par un escalier d'une quinzaine de marches, est cerné par un petit mur en moellon. Au centre de ce bassin, une grande cuve métallique rivetée présente, à sa base, un robinet qui permettait de recueillir l'eau minérale.

Il est important de noter que aujourd’hui encore, l’eau présente dans le bâtiment est de l’eau minérale comme l’atteste sa conductivité (comprise entre 3700 et 3800 micro siemens/cm).

Sur proposition de la Commission départementale du patrimoine, la Communauté de communes vient d'accepter l'attribution du label "Patrimoine en Isère" pour cet édifice et s'engage désormais dans une réflexion sur l'avenir du site.

Une souscription vient d'être lancée pour sauvegarder et restaurer ce patrimone naturel et historique de l'Isère. Alors, amoureux des eaux minérales et du patrimoine, n'hésitez pas... faites un don pour que les sources minérales de Monestier-de-Clermont ne tombent pas définitivement dans l'oubli !

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Article paru dans "Le Dauphiné Libéré" du 1er avril 2010


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Article paru dans "Le Dauphiné Libéré" du 16 juillet 2011

 

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PERRET 07/04/2016 13:43

Bonjour,
Il y a une vingt,vingt cinq ans, je buvais à Vienne au sud de Lyon, dans la brasserie de Maitre Canter, de l'eau d'ORIOL. Une eau petillante délicieuse... savez vous si vcette source est toujours en activité? si l'eau est toujours commercialisee?

Merci!